Office français de la biodiversité

STAGE - Variabilité spatio-temporelle, inter-individuelle de la tolérance humaine de l'Ours brun H/F

Référence : 2026/4675
Affectation : Direction de la recherche et de l'appui scientifique
Résidence administrative : Villeneuve-de-Rivière (31800)
Poste à pourvoir le : 01/03/2027
Date limite de candidature : 28/11/2026

Information générale

Positionnement hiérarchique : Sous l’autorité de la Chargée de recherche « Grands Carnivores terrestres » de la DRAS de l’OFB (Cécile Vanpé) et du Chercheur italien de la Fondazione Edmund Mach (André Corradini)

Intitulé complet de l'offre de stage :  Variabilité spatio-temporelle et inter-individuelle de la tolérance humaine vis-à-vis de l'Ours brun dans les Pyrénées françaises et espagnoles H/F

Conditions d’emploi : Stage de 5 mois à pourvoir pour l’obtention BAC +3/5 (niveau de diplôme visé)

L’Office français de la biodiversité (OFB), établissement public placé sous la tutelle des ministres chargés de l’Environnement et de l’Agriculture, a été créé le 1er janvier 2020 par la loi n° 2019-773 du 24 juillet 2019, pour protéger et restaurer la biodiversité.

Conformément à l’article L.131-9 du code de l’environnement, il « contribue, s'agissant des milieux terrestres, aquatiques et marins, à la surveillance, la préservation, la gestion et la restauration de la biodiversité ainsi qu'à la gestion équilibrée et durable de l'eau en coordination avec la politique nationale de lutte contre le réchauffement climatique », grâce au continuum de ses trois grandes missions complémentaires : « Connaître », « Accompagner », « Protéger ».

Pour remplir ses missions, l’OFB compte plus de 3 000 agents, dont plus des deux-tiers agissent sur le terrain dans l’Hexagone et dans les Outre-mer. Il s’appuie sur des équipes pluridisciplinaires : inspecteurs de l’environnement, ingénieurs, experts, spécialistes, vétérinaires, techniciens, personnels scientifiques, techniques et administratifs…

L’établissement est organisé de façon matricielle pour prendre en compte tous les milieux, en transversalité, selon une articulation à trois niveaux :

  • une échelle nationale et internationale, où se définit et se pilote la politique de l’OFB (directions et délégations nationales) ; 
  • une échelle régionale, où s’exercent la coordination et la déclinaison territoriale (directions régionales et délégations de façade maritime) ; 
  • des échelons départementaux et locaux de mise en œuvre opérationnelle et spécifique (services départementaux, parcs naturels marins, sanctuaire Agoa, réserves et territoires, etc.), appuyés par des brigades mobiles d’intervention et des unités spécialisées.

Doté d’un budget de plus de 600 M€, l’établissement dispose un Contrat d’objectifs et de performance pour la période 2026-2030 signé par les ministres le 12 décembre 2025, et d’un programme d’intervention pour la période 2026-2030, approuvé lors du Conseil d’administration du 12 mars 2026, qui s’inscrivent notamment dans le cadre des différents plans et stratégies dont s’est dotée la France (stratégie nationale pour la biodiversité, stratégie nationale pour les aires protégées, plan Eau dans les Outre-mer, stratégie nationale bas carbone, plan national d’adaptation au changement climatique, stratégie nationale pour la mer et le littoral, stratégie Ecophyto, plan national santé environnement, etc.) ou du nouveau règlement européen sur la restauration de la nature.

La Direction de la Recherche et de l’Appui Scientifique (DRAS) est l’une des 2 directions « connaissance » de l’OFB, en charge de la recherche et de l’expertise sur les espèces, sur les milieux, leurs fonctionnalités et leurs usages, ainsi que sur les risques sanitaires en lien avec la faune sauvage. Parmi les 5 services qui la composent, le Service Gestion et conservation des espèces à enjeux (SEE) est en charge du suivi patrimonial, des recherches et des expertises sur les espèces protégées, vulnérables et envahissantes exotiques ou natives (enjeux de conservation, pour les écosystèmes et/ou socio-économiques) et en particulier sur les grands prédateurs terrestres comme le Loup gris (Canis Lupus) et l’Ours brun (Ursus arctos). Pour cela, il mène de nombreux programmes de recherche, et en particulier le programme pluridisciplinaire COEXIST (auquel ce sujet de stage est rattaché), dont l'objectif est d'appréhender, en s’appuyant sur les sciences humaines et sociales, les différentes facettes des interactions humains-espèces sauvages avec pour finalité pratique de contribuer à l’émergence de solutions pour concilier durablement activités humaines et biodiversité. Il vise notamment à analyser les relations contemporaines humains-grands prédateurs afin de fournir des clefs de compréhension pour la gestion durable des espèces à enjeux de conservation.
Le SEE est par ailleurs impliqué depuis début 2026 dans le projet INTERREG VI-A POCTEFA « LoupO Coexistence » (2026-2028). Ce projet transfrontalier, qui rassemble des partenaires français, espagnols et andorrans, vise à poursuivre le suivi et la gestion des populations d’Ours brun et de Loup gris sur le massif pyrénéen de manière coordonnée, en plus d'interagir avec la population locale des Pyrénées à travers des actions de prévention et de coexistence. Il s’agit de favoriser l’émergence de mesures de médiation communes dans les Pyrénées, en fournissant aux organisations gouvernementales, entrepreneuriales, environnementales et sociales des outils pour promouvoir l’intégration des deux espèces au sein d’un territoire marqué par l’activité humaine. Dans le cadre de l’action sur la coexistence de ce projet, une sous-activité est plus particulièrement dédiée à l’étude de la variabilité spatio-temporelle et interindividuelle de la tolérance humaine vis-à-vis de l'Ours brun dans les Pyrénées françaises et espagnoles. Ce sujet de stage s’inscrit dans cette sous-activité.

L’Ours brun (Ursus arctos) et le Loup gris (Canis Lupus) des Pyrénées font partie intégrante du patrimoine naturel de l'Espagne, de la France et d'Andorre. La protection de ces deux espèces est encadrée par l’Union européenne au titre de la Directive Habitats-Faune-Flore (DHFF). Cela impose notamment aux États membres (comme la France et l’Espagne) d'assurer la protection stricte de l’Ours brun sur leur territoire et de maintenir ou de restaurer les populations d’Ours brun et de Loup gris dans un état de conservation favorable. Ces grands carnivores peuvent cependant représenter un défi majeur de conservation du fait de la forte anthropisation des paysages européens. Dans les Pyrénées, alors que la population d'Ours brun était au bord de l’extinction au milieu des années 90s, la population a connu une nette progression démographique grâce à la translocation entre 1996 et 2018 de 11 individus d’origine Slovène. La population ursine pyrénéenne compte ainsi aujourd’hui une centaine d’individus sur une surface de 7000 km². Un retour progressif du Loup gris a également été observé sur le massif pyrénéen depuis 2000, avec une présence actuelle estimée entre 10 et 15 individus. Les 2 espèces recolonisent ainsi progressivement leur aire de répartition historique sur le massif pyrénéen, des territoires qui ont été profondément marqués par l’empreinte de l’homme au cours des deux derniers siècles. Elles partagent désormais l’espace avec de nombreuses activités humaines dont certaines en plein essor (activités récréatives) ou qui avaient perdu l’habitude de cohabiter avec des grands carnivores (ex. élevage, chasse). 
La présence de grands carnivores dans cet espace anthropisé engendre ainsi des tensions, de la peur, des perturbations, de la compétition, voire du rejet de la part des humains. Elle est également source de conflits à la fois entre humain et grand carnivores, mais aussi entre humains de différents groupes (ex. éleveurs/bergers vs. naturalistes). Ces conflits surgissent lorsque la présence ou le comportement de l’ours et/ou du loup fait peser — de manière réelle ou perçue, directe et récurrente — des menaces sur les intérêts ou les besoins des humains (ex. déprédations sur le bétail ou les ruchers, compétition avec les chasseurs pour le grand gibier, dangerosité pour les randonneurs). Les conflits peuvent conduire localement à une faible acceptabilité sociale à l’égard de ces espèces, en fonction des seuils de tolérance aux différentes formes de perturbation qu’elles engendrent, de la perception de la compétition entre ces espèces et d’autres espèces ou les humains, de la crainte qu'elles inspirent, de leur rôle dans la transmission de maladies et de la valeur relative de ces espèces selon des critères économiques, esthétiques, scientifiques ou éducatifs (Benhammou & Coquet 2008). Les conflits accroissent par ailleurs le risque de persécution par les humains sur ces espèces et plus généralement le risque de mortalité anthropique — qu'elle soit institutionnalisée par les pouvoirs publics via des politiques et réglementations, ou qu'elle prenne la forme de braconnage. Ils viennent ainsi menacer la viabilité de ces espèces de grands carnivores sur le moyen et le long terme. Il est donc urgent et essentiel de mieux comprendre les facteurs et les mécanismes qui favorisent ou entravent l’acceptabilité sociale vis-à-vis de l’Ours brun et du Loup gris dans les Pyrénées, afin de favoriser une coexistence plus apaisée, de proposer des mesures de conservation et de gestion adaptées et de garantir la viabilité de leurs populations en coexistence avec les activités humaines. 
Une étude antérieure (Piédallu et al. 2016) a montré que l'acceptabilité sociale vis-à-vis de l’Ours brun dans les Pyrénées françaises variait considérablement selon les groupes sociaux identifiés (éleveurs, élus, établissements scolaires, grand public, chasseurs, professionnels du tourisme, randonneurs, forestiers, gestionnaires de la faune et des espaces naturels, etc.) et selon les départements concernés. Ces différences engendrent parfois des divergences d'opinions quant à la nécessité de préserver l'espèce. Selon cette étude, les habitants des départements de la Haute-Garonne et des Pyrénées-Atlantiques manifestaient une attitude positive, tandis que ceux du département des Hautes-Pyrénées affichaient l'attitude la plus négative, ce qui pose la question de savoir s’il existe un lien entre l'histoire des communautés locales face à la présence de prédateurs et l'attitude actuelle. Les personnes nées en dehors des Pyrénées montraient une attitude plus positive que celles nées dans la région. L'âge, les connaissances scientifiques, les dommages subis et le statut d'éleveur avaient aussi une influence significative sur l'attitude. 
Notre étude au sein du projet INTERREG VI-A POCTEFA LoupO Coexistence vise à mettre à jour, élargir et approfondir les résultats de thèse de Blaise Piédallu (2016). Il s’agit de mieux comprendre les facteurs et les mécanismes qui favorisent ou entravent la tolérance humaine vis-à-vis de l’Ours brun dans les Pyrénées. Dans la littérature dédiée aux conflits humains-faune sauvage, la tolérance est définie comme l'acceptation passive d'une population d'animaux sauvages (Bruskotter & Fulton 2012). Son déterminant le plus direct est la perception des avantages et des coûts ou risques associés à cette espèce, qui dépend elle-même des expériences antérieures, du sentiment de maîtrise face au risque, de la confiance envers l'organisme de gestion, des normes sociales, des croyances ainsi que de l'affect envers l'espèce (UICN 2024). Les principales questions de recherche auxquelles nous tentons de répondre sont les suivantes :
1)    La tolérance envers les ours varie-t-elle spatialement ?
•    entre les Pyrénées françaises et espagnoles ?
•    entre les départements français et les communautés autonomes espagnoles ?
    Selon zone de présence historique / translocation / recolonisation, ancienneté de la présence de l’ours, présence permanente ou occasionnelle, élevage laitier ou carné, contexte socio-politique…
•    à plus fine échelle ?
    Selon densité locale d'ours, intensité pastoralisme, intensité des dégâts d’ours sur le bétail et les ruchers, évènements locaux (ex. attaques d’ours, sur humains dérochements, translocations)...
2)    La tolérance envers les ours a-t-elle varié dans le temps ?
•    A-t-elle évolué depuis la dernière évaluation réalisée par Blaise Piédallu en 2016 ?
    Du fait notamment des nouvelles translocations, de la croissance démographique de la population ursine, de l’intensité des prédations…
3)    La tolérance envers les ours varie-t-elle individuellement ?
•    Selon l’exposition : âge, sexe, résidents / visiteurs, éleveur/berger ?, chasseur ?, randonneur ?, naturaliste ?
•    Selon l’expérience antérieure : ayant subi des dommages ?, a déjà rencontré l’ours ?
•    Selon les connaissances : niveau de connaissances sur le statut, écologie et gestion de l’ours…
•    Selon l’information : source d’info, perception de sa crédibilité, liens avec les institutions…
4)    La tolérance envers les ours est-elle impactée par la présence du loup ?
Pour cela, nous allons utiliser une approche quantitative par questionnaires structurés pour tenter d’évaluer : 
    l’acceptation de la présence et des mesures de conservation et de gestion de l’ours, 
    la perception des mesures de préventions et de compensation des dégâts, 
    la perception des coûts, risques et bénéfices liés à l’ours, 
    la confiance envers les organismes responsables de la gestion de l’ours, 
    le sentiment de maîtrise face au risque lié à l’ours, 
    l’affect et les peurs vis-à-vis de l’ours.

Mission

Sous la direction de Cécile Vanpé (Chargée de recherche et Cheffe de projets grands carnivores terrestres au sein du SEE de la DRAS de l’OFB) et d’Andréa Corradini (Chercheur à la Fondazione Edmund Mach, Italie) et en collaboration étroite avec Sydney Stephens (Doctorante au sein de la Fondazione Edmund Mach, Italie, sous la direction de Andréa Corradini), l’étudiant-e recruté.e sera en charge de :

  • Réaliser une revue bibliographique des études sur la perception/tolérance/attitude/acceptabilité vis-à-vis de l’Ours brun.
  • Elaborer le questionnaire visant à évaluer la tolérance vis-à-vis de l’Ours brun dans les Pyrénées françaises et espagnoles en s’inspirant des études antérieures réalisées dans les Pyrénées ou dans d’autres populations.
  • Elaborer le protocole de collecte des données sur le terrain (stratégie d’échantillonnage, mode de diffusion des questionnaires…).
  • Collecter les données sur le terrain en lien avec les questionnaires (potentiellement à travers des interviews face-à-face des personnes, des appels téléphoniques…).

Relations liées au poste

Relations internes :

DRAS-SEE (Cécile Vanpé, Pierre-Yves Quenette, Nolwenn Drouet, Jérôme Sentilles, Pierre-Luigi Lemaître, Régis Desbarax, Céline Ferran)

Relations externes :

Fondazione Edmund Mach, Italie (Andréa Corradini et Sydney Stephens)

Eventuellement :

  • Direction Régionale Occitanie (Julien Steinmetz)
  • Direction des Grands Prédateurs Terrestres (DGPT) (Nicolas Jean)
  • Universitat Autònoma de Barcelona (UAB), Espagne (Ricard Moren, Albert Pelachs)
  • Generalitat de Cataluña, Espagne (Irene Guiovart)
  • Centro de Ciencia y Tecnología Forestal de Cataluña (CTFC), Espagne (Victor Sazatornil)

Compétences et qualités requises

Connaissances :

  • Bonne connaissance de l’écologie et de la conservation des grands carnivores
  • Connaissance des espèces et écosystèmes montagnards
  • Fort intérêt pour les approches interdisciplinaires entre l’Ecologie et les Sciences Humaines et Sociales
  • Intérêt pour la coexistence humain-faune 

Savoir-faire opérationnel :

  • Gestion de bases de données
  • Bon niveau de Français, d’Espagnol et d’Anglais
  • Compétences de base en SIG sur le logiciel QGIS

Savoir-être professionnel :

  • Excellent sens du relationnel
  • Être à l’écoute, faire preuve d’empathie et de neutralité, être sociable, être ouvert au dialogue
  • Bonne aisance à l’oral et pour prendre la parole en public
  • Aptitude à travailler en équipe et avec des partenaires multidisciplinaires et multilingues
  • Autonomie, adaptabilité, rigueur et esprit d’initiative

Diplômes – Formation – Expérience :

  • Stage de Cesure, de niveau Licence ou Maîtrise, en écologie, environnement, géographie ou sociologie

Autres :

  • Permis de conduire B indispensable

Conditions d'exercice / sujétions particulières

  • Encadrement : Le stagiaire sera sous la direction de Cécile Vanpé (Chargée de recherche et Cheffe de projets grands carnivores terrestres au sein du SEE de la DRAS de l’OFB) et d’Andréa Corradini (Fondazione Edmund Mach, Italie).
  • Lieu : Stage basé dans les bureaux de l’OFB sur l’implantation de Villeneuve de Rivière (31800). Des déplacements fréquents sont prévus sur le massif pyrénéen français voir espagnol et andorran. Travail potentiel en extérieur et en milieu montagnard.
  • Période de stage : 5 mois idéalement entre le 1er mars et le 31 juillet 2027 (modulable selon contraintes/disponibilités). Horaires irréguliers avec amplitude variable suivant les déplacements à réaliser.
  • Indemnités de stage.

Dépôt de candidature

Pour déposer une candidature, les documents suivants vous seront demandés :

  • CV
  • Lettre de motivation
  • Pour les fonctionnaires uniquement : dernier arrêté de situation administrative ;
  • Pour les non titulaires : diplôme le plus élevé obtenu
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